Version originale

vo

Récemment, lors d’un petit weekend en Alsace pour profiter un peu de ma famille, La parisienne d’adoption que je suis s’est retrouvée dans une situation que j’avais presque oublié possible.
Nous avions prévu une petite sortie du samedi soir en famille au cinéma de Colmar-City-beach, et cette sortie a quelque peu été mouvementée au moment du choix du film.
On s’était mis d’accord sur Black Swan, pas de problèmes donc puisque je voulais le voir depuis longtemps, jusqu’à ce que je réalise que nous n’étions pas à Paris, et que ce film était diffusé dans cette ville en VF, uniquement.

Mes parents ont eu beau me promettre un pot de pop corn XL et tous les M&M’s que je voulais, c’était hors de question pour moi d’aller voir un film anglophone à la base, doublé en français.
Après vingt minutes de débat, nous avons donc terminé devant le dernier Dany Boon, sans pop corn, et sans M&M’s.
Great.

Même débat le lendemain devant le film loué au Vidéostop du coin; mon frère et ma sœur ont catégoriquement refusé que je mette le film en VO, même sous-titré en Français.
Du coup, j’ai passé une heure et demie à gémir de désolation devant un Iron Man à la française pathétiquement doublé, parce que mine de rien, ça devait faire un an que je n’avais pas vu de film doublé en Français, et que Tony Stark, bah c’est Towney Stawrk pour moi, et pas (prenez votre plus bel accent Français) Tony Stark !

"C’est tellement mieux en anglais!" Ais-je crié tout le long. "Ouais, toi tu préfères parce que tu comprends l’anglais. Nous, on est obligés de lire les sous-titres", m’a répondu ma fratrie, d’une seule voix.

Alors oui, un point pour eux, c’est pas faux. Il est vrai que je parle et comprends l’anglais, ayant vécu un certain temps en Amérique du Nord, ayant toujours été attirée par cette langue et ayant en plus un boyfriend anglophone, et que bien souvent je peux me passer de sous-titres quand je regarde un film ou une série en anglais.

Mais est-ce la seule raison pour laquelle je préfère les films en VO?

Parce qu’en y réfléchissant bien, VO ça veut pas dire version anglaise, mais "Version Originale", et il n’y a pas que les films en anglais que je regarde en version originale. En fait, je regarde tous les films en version originale, qu’ils soient en Coréens, Japonais, Espagnols ou en hébreu. Sous titrés bien entendu, en anglais ou en français.
Alors oui, les sous-titres, c’est plus chiant, il faut lire et être concentré, et oui, on ne comprends pas toujours toutes les blagues, parfois on ne voit les images que du coin de l’œil parce qu’on est pris dans les dialogues d’un sous-titrage rapide, et parfois on rate des trucs importants parce qu’on a pas lu assez vite.

Mais pour moi, un film qui a été doublé perd simplement toute son essence.

Donc d’après moi, dans mon cas et dans celui de beaucoup de mes amis Parisiens, il ne s’agirait donc pas d’une histoire de "facilité de compréhension", puisque je ne parle pas encore Japonais, ni même Espagnol, mais plutôt d’une envie de garder un film dans son intégrité, comme une "œuvre d’art" en quelques sorte.
Le cinéma, ça s’appelle le 7e Art, après tout!

Mais malheureusement dans notre beau pays, la VO n’a pas beaucoup de succès.
Sorti de Paris, c’est terminé, il faut faire 50 bornes pour trouver un film en VO, et généralement il y a une séance tous les trois jours dans des salles de 10 sièges et demi, tout juste équipés de son stéréo.

Parallèlement, une autre anecdote sur le sujet m’a interpellée il y a peu, de retour à Paris, et avec le Boyfriend (que nous allons appeler James) cette fois.
Avec James, il n’y a pas de problème de VO/VF, vu qu’il est anglophone et qu’il préfère aussi la vraie VO, même si elle est en Russe, et pour me faire plaisir, il m’avait ramené le DVD de The Mask, qu’il sait être un de mes films cultes.
Génial! On va pouvoir se faire une bonne soirée de franche rigolade, et au moins j’aurais mon pop corn, maison en plus.

Sauf qu’au moment de mettre le film, j’ai buggé.
D’instinct, je voulais mettre ce film là en VF, jusqu’à ce que James m’arrête l’air de dire "t’es malade? Tu veux regarder en VF???"
Euh… Je ne l’ai toujours vu qu’en français, mais après tout il doit être encore meilleur en VO. Alors allons-y !

Eh bien… Déçue sur toute la ligne.
Où étaient passés les mythiques "Je sais Madame BonPOIL!", et le "Aloooors, on a failli s’louper? L’orange c’est la santé!" qui me font tant mourir de rire ?
Ce film me fait hurler de rire en Français, mais à peine si j’ai esquissé des sourires en VO.

Intéressant.

Pour en avoir le cœur net, j’ai retenté l’expérience VO avec le Cinquième Elément, que je n’ai toujours vu qu’en Français aussi, et qui fait également parti de mon top five des films cultes.
La même, j’ai chouiné quand Ruby Rhod n’a pas dit son "Korben mon ange kess tu m’as fait, c’était NAZE!" qui me faisant tant rire, en bon vieux François.

La préférence VO/VF serait-elle donc guidée par la version dans laquelle nous avons vu le film pour la première fois?
Pourtant, j’ai été habituée aux adaptations cinématographiques d’Harry Potter en VF (parce que je n’avais pas le choix, on se souvient que mon cinéma d’enfance était celui de Colmar-City-Beach, donc), et je ne peux pourtant pas les encadrer en Français depuis la 1ere fois que j’ai eu l’occasion de les voir en VO.
Etrange.
J’ai été habituée à regarde Dr House en Français sur TF1 quand c’était sorti, et ça ne me dérange pas de continuer à la regarder quand je tombe dessus, bien que connaissant bien la VO, alors que par exemple la VF d’NCIS m’horripile.
Est-ce que c’est parce je trouve que House est simplement particulièrement bien doublé?
Je dois avouer que je m’y perds un peu moi-même.

En tout cas, cette petite réflexion m’a simplement fait réaliser que dans notre Pays (hors région Parisienne of course) l’image de la VO est encore trop associée aux petits films underground bizarres diffusés dans les cinémas de quartiers pour les intellos capables de comprendre toutes les références des films du genre, et c’est bien dommage.
Je pense qu’apprécier la richesse d’un film en Version Originale est à la portée de tous, c’est simplement une question d’habitude !
Et vu le niveau général en anglais de notre cher pays, booster les diffusions de grosses productions en VO, pour que les jeunes fainéants de la lecture de sous titres (comme mes frangins) s’y mettent, ça ne nous ferait peut être pas de mal.

L.

There’s something about the King

C’est sa dixième semaine en salle et je ne l’ai toujours pas vu! Comment est ce possible? Moi plutôt cinéphile, plutôt passionnée d’Histoire, friande de bonnes manières et de cette classe So British, plutôt inconditionnelle de Colin Firth…quelque chose me retient mais quoi? Probablement un peu le tapage qu’il y a autour du dit film mais cela m’interpelle car je ne suis pas du genre à m’attarder de la sorte. Il faut croire que mes récentes déceptions sur la grande toile m’influencent un peu trop. Et puis tout le monde l’a vu!

 Un ami sera pourtant prêt à débourser encore 10 euros pour le voir une seconde fois en ma compagnie, on choisira une séance…complète sous nos yeux! Bigre. Je ne renonce pas et c’est en terrain conquis (entendez dans ma région, en Province) que je vivrai cette merveilleuse découverte qui me pousse à écrire mon tout premier billet ici.

 La petite salle le projette tous les soirs à 20h45, on est dimanche et nous arrivons assez tôt, ce qui nous permet de nous placer parfaitement. Odeur de pop-corn, chuchotements et fauteuils rouge vif : tout y est. Moi je suis impatiente et presque un peu anxieuse. Et puis ça y’est.

 Peut-on savoir dès le générique d’ouverture si un film va nous scotcher?…Je crois que oui. Je ressens l’émotion dès les premières notes et retiendrai mon souffle pendant près de deux heures.

 Vous l’avez probablement tous entendu. L’histoire commence en 1925 en Angleterre et suit le chemin semé d’embûches qui mènera le très humain George VI (père de l’actuelle Elisabeth II) sur le trône en 1936. Il n’est déjà pas prévu qu’il soit roi puisqu’il a un frère ainé qui doit logiquement succéder à leur père; mais celui ci, tête à claque notoire, préfèrera épouser une américaine aux mœurs un peu trop volages au goût de la Couronne et abdiquera.  L’autre embuche est de taille puisque le futur roi est bègue.

 C’est en lisant ce synopsis que j’ai eu peur. Peur qu’on tombe dans le cliché, qu’on en rajoute des tonnes, qu’on nous tire l’émotion, les larmes bref que l’on nous épargne que trop peu de subtilité. J’ai horreur de me sentir ‘arnaquée’ au cinéma comme ce fut le cas récemment devant Les Petits Mouchoirs ou encore dans un registre plus historique: La Rafle. (C’était couru d’avance je sais mais quand même.)

 Il n’en est rien avec ce film qui regorge de finesse et d’élégance. On apprend à découvrir cet homme avec douceur et à travers les autres.Chaque minute on se sent plus proche de lui de par sa fragilité, mais admiratif aussi de son courage entêtant. Une jolie dualité qui en fait un grand homme. On remarquera d’ailleurs dès le départ (alors que lui semble encore en douter) qu’il a l’étoffe d’un roi.

Bertie

C’est un vrai héros qu’on a là et pourtant la faille est si grande. (Je ne peux m’empêcher de penser aux récentes adaptations de films comme Spider-Man ou Batman où la nouveauté est d’insister sur les troubles et les failles du Super-Hero, de montrer leur côté humain avant tout…). On ne présente pas George VI comme un être supérieur car il n’en est pas un; Il part même avec un sérieux handicap. Mais pas une seconde vous ne ressentirez de la pitié pour lui. Et cela grâce à la dignité avec laquelle il fait face à ce quotidien si intense que peut être celui d’un Prince, bègue de surcroît.Il est fragile et parait introverti mais sa colère intérieure, sa ténacité exploseront à l’écran tout au long du film. Le regard de Colin Firth porte toutes les émotions avec justesse et précision. Impossible de rester de glace devant ce personnage, à fleur de peau et indestructible à la fois. Quelle belle leçon que celle de cet homme qui se dépasse pour défendre ses valeurs et celle de son peuple, avec une aide précieuse…

Car il ne s’agit pas seulement d’un homme avec un grand H qui brave le regard des autres. Il s’agit là d’une des plus jolies histoires d’amitié portées à l’écran. Et qu’est ce qu’elles sont rares celles-ci! Le film fait l’éloge de cet incroyable lien qui peut exister entre deux personnes et qui représente à mes yeux une des choses les plus importantes dans la vie.

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En effet, c’est grâce à sa rencontre (initiée par la femme du Souverain) avec l’illuminé Mr Logue que George VI (Bertie de son petit nom) trouvera la force nécessaire pour se dépasser, s’affirmer totalement, se libérer.

Issu de la ‘middle class’, Lionel Logue n’est pas docteur, n’a aucun diplôme et vit une paisible petite vie avec sa femme et 3 garçons. Mais il sait guérir le bégaiement mieux que personne. Il a une passion, la comédie et une autre: aider les bègues à retrouver leur vraie voix. C’est un original Mr Logue. Il est intelligent, vif, spontané, drôle et s’attache à ce Prince qu’il sent coincé, pris au piège. Il apprend à le connaître au fur et à mesure des séances et s’étonne, se passionne. Malgré cette barrière sociale immense, Mr Logue arrive à viser juste. Bertie va s’ouvrir à lui, malgré lui. Cette amitié, on la voit naître à l’écran comme une histoire d’amour: il y a du feu entre eux, ça bout! On assiste à toutes les étapes: des rires, des confessions, de la confiance, du respect mais des mots blessants aussi parfois.

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C’est avec un bonheur réel qu’on voit ces deux hommes tour à tour mettre leur fierté dans leur poche et se retrouver pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Enfin, c’est en total ‘hopeless romantic’ que je vous fais part de ma seconde bonne surprise dans ce film. En effet, le rôle d’Elisabeth, la femme de George VI qui avec discrétion et intelligence entraînera son mari jusqu’au sommet, m’a particulièrement touché. Vous rirez peut être mais j’ai toujours pensé que c’était ça le véritable amour, au delà de la complicité, se donner complètement à l’autre. J’oserais même employer le mot ‘dévotion’ qui fera certainement hurler les plus féministes d’entre vous. (Et c’est une fille indépendante qui vous parle!)

Pourtant quand je la regarde, je ne vois que de la dignité, de la persévérance et un amour immense pour son mari. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut et qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Rares sont les couples qui arrivent à faire transparaître une telle unité à la ville comme à l’écran.Car c’est aussi grâce à elle qu’il y arrivera. On sent qu’elle ne le laissera jamais tomber. Encore une belle morale, dans cette société où l’on se sent en perte de repères…

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Alors on ressortira de ce film ému, évidemment grandit et quelque part heureux que cette histoire soit d’autant plus véridique. Car je pense que c’est ce genre de fresque qui nous rappelle que parfois, on peut avoir foi en l’Homme.

 Merci.

Epicure